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[BG] Seihre

 
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Seihre
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MessagePosté le: Ven 17 Juil - 12:19 (2009)    Sujet du message: [BG] Seihre Répondre en citant

Chapitre
Dans lequel ils rencontrent un type étrange.


          L'humidité ambiante leur tapait sur le système. Ah il était beau le duo de choc, les deux meilleurs élèves de l'école des ombres, trempés comme des soupes à toute heure du jour et de la nuit. Si encore ç'avait été une grosse averse, qui passe, détrempe tout et s'en va, ils auraient eu une chance de trouver leurs bottes sèches au réveil au bout de quelques jours. Mais là, cette bruine persistante, qui étouffait tous les sons de la forêt, leur donnant l'impression d'être seuls et que le monde s'arrêtait derrière l'arbre le plus proche, insupportable. Seihre, le rouquin, de basse extraction, n'avait comme d'habitude dormi que quelques heures, volées au milieu de la nuit. Il s'était occupé d'alimenter le maigre feu, fumant et sifflant sous la pluie. Orsen, le blond, qui prenait ce temps exécrable comme un outrage personnel, dont sa famille aurait raison, dormait encore, enroulé dans ses couvertures. Deux jeunes hommes, très semblables, très différents, comme souvent lorsqu'on rencontre des associés. Oh bien sûr, Seihre ne se départissait que rarement de son petit sourire, mi-moqueur, mi-joyeux, habitude prise des années plus tôt, pour cacher quelque malheur à n'en pas douter et conservée, qui s'était imprimée en lui au fil des années. Orsen lui, faisait la moue, comme une coquette qui croise quelque dégoutant personnage, méprisant, imbu de sa petite personne, dernier descendant d'une obscure lignée qui se serait voulue bien plus clinquante qu'elle ne l'était.
          L'amitié entre eux ne faisait pas un doute, deux têtes d'un même corps lorsqu'il s'agissait de se battre, ou de commettre quelque méfait. Et pourtant, la moindre occasion était valable pour se tirer dans les pattes, se mettre des bâtons dans les roues, comme deux gamins qui font la course et passent plus de temps à s'empêcher mutuellement d'avancer qu'à se soucier de passer la ligne d'arrivée. Et ce matin, Seihre a dégoté un petit ruisseau non loin de là, il en a profité pour se débarrasser un peu de la boue accumulée, et s'est muni de leurs deux bols, qu'il ramène pleins, et pose près du feu. Un co-équipier attentionné, pas de doute.
Leurs montures, ils les ont laissées à Orgrimmar, pour courir discrètement les bois, il vaut mieux aller à pied, d'autant plus que les kaldoreï, même s'ils étaient les commanditaires de la mission, ne s'en rappeleraient sûrement qu'après les avoir criblés de flèches s'ils se faisaient repérer.

          Seihre regarde l'eau chauffer dans les bols en mâchonnant de la viande séchée, seul et unique pièce de leur équipement qui semblait bénéficier de l'humidité ambiante, beaucoup moins frustrant à manger quand c'est imbibé d'eau. L'eau dégouttait de son nez, de ses cheveux en berne, longs, même s'ils l'étaient moins qu'aujourd'hui, ramenés en arrières, noués d'un simple lien de cuir.

          Il lève le nez le temps d'apercevoir la vague lueur d'une aube liquide se faufiler entre les arbres. C'est l'heure! Il attrape les deux bols, à la limite d'être brûlants à présent, et se dirige vers son compagnon de route, toujours entortillé dans ses couvertures.

         C'est l'heure de se lever, mon petit Orsinou
, chantonne-t-il ridiculement.

Et SPLASH, les deux bols vidés sur l'elfe endormi.
En deux bonds, Seihre a repris sa place près du feu, son mâchonnement, sa posture un peu recroquevillée, juste de quoi ne pas se faire entièremment tremper.

         AAAAAH! Bordel mais c'est brûlant !


Orsen saute sur ses pieds, enfin essaye, se prend les pieds dans sa couverture, un saut maladroit, un deuxième et le voilà étalé de tout son long dans la boue. Quelqu'un aurait entortillé sa couverture pendant la nuit, exprès...? Nooon, qui aurait bien pu avoir la malice de faire ça.

         Seihre! Tu vas me le payer, espèce d'enfoiré!


Et Seihre d'y aller de son air innocent, à la limite de l'indifférence.

         Quoi? C'est ma faute peut-être si t'es pas foutu de te lever sur tes deux jambes comme tout le monde?

Orsen se contorsionne, finit par se relever et nettoie la boue qui colle à ses cheveux et ses vêtements d'un geste rageur, l'étalant pour beaucoup, enlevant le reste.

          Ca fera du bien à ta belle peau satinée, un bon bain de boue. C'est ce que vous faites vous, nan? ajoute-t-il, l'air de ne pas y toucher.

         RAAAAAH !

         Hé ! Un ton plus bas, je reconnais que ton camouflage est plutôt efficace, mais si les kaldo te prennent pour un golem, ça changera pas grand chose, elles tireront leurs flèches quand même.

Orsen vient s'asseoir près du feu et attrape Seihre par le col en sifflant tout bas.

        Tu vas me le payer, salopard de cul terreux.

        Mais oui, mais oui, mais si je puis me permettre, Ô grand et doux sire Orsen, on a du pain sur la planche. Si on part maintenant, on pourra arriver à la nuit tombée et s'occuper du repérage directement.

          Et le blond le relâche, les mâchoires étroitement serrées, il lui arrache le morceau de viande séchée des mains pour la peine, et le mâchonne sombrement.
Seihre remet de l'ordre dans sa tenue, et va s'occuper de démonter le camp. Ca ne fait pas grand-chose, il est vrai. Leurs couvertures à brosser et à rouler en espérant qu'elles n'auront pas été envahies par la moisissure à la fin de la journée, leurs armes, soigneusement entretenues, à empaqueter pour le trajet, les gourdes d'eau à remplir, même si, se dit-il, de l'eau, on en a plus qu'on en voudrait aujourd'hui encore.
Quand il revient, son paquetage bien serré à l'épaule, une simple dague à la ceinture, Orsen a l'air de s'être calmé.

         C'est un magus hein? Nerisen a rien dit de précis, mais je vois pas pourquoi on serait envoyés dans ce trou paumé pour des kaldo si c'était autre chose.


          Voilà, le sujet qu'ils avaient évité d'aborder. Ah c'était bien beau d'être les meilleurs élèves de l'école, et les pires fouteurs de merde à la fois, mais du coup, leur mission de fin d'étude était corsée. Oh à Lune d'argent, ils s'étaient félicités de se retrouver pourvus de la mission la plus difficile à accomplir de la liste, ravis à l'idée de pouvoir prouver une fois de plus qu'aucun risque n'était assez gros pour eux, et qu'ils étaient capables de tout et pire encore.
Ils en étaient tout de suite moins convaincus, ça semblait loin, noyés dans la forêt d'Orneval, à slalomer entre les arbres pour rejoindre le pied du mont Hyjal.

         Ouaip, je pense, répond Seihre, très sérieusement, en recouvrant leur feu de terre, s'occupant de le dissimuler aux yeux les plus avertis. Honnêtement, je pense que Nerisen serait pas franchement déçu si on revenait pas de cette mission.

         Ouais... ouais... je suppose. Mais j'ai bien l'intention de revenir moi, enchaîne Orsen en se relevant, ramassant son paquetage déjà tout prêt, aux bons soins de Seihre.

         Bah tu parles qu'on va revenir. Ca va être notre première paye officielle, j'ai pas l'intention de crever avant qu'on la touche.

          Et les voilà repartis, ils manquent certes un peu de leur superbe habituelle, mais malgré leur ronchonnage, ils semblent tout à fait redoutables.
Et également aux yeux de la silhouette aux contours vaguement dessinés par la pluie, qui les a retrouvés pendant la nuit et s'apprète à les suivre toute la journée. Oh elle est invisible, oui, mais la lumière se distord très légèrement en passant près de lui, et sous un certain angle, les deux elfes l'auraient repéré facilement, s'ils s'étaient donné la peine de regarder. Et si lui ne s'était pas caché. Mais peu importe.  maintenant, il ne faut pas les perdre, il doit être près d'eux quand ils arriveront à destination.

          Cette satanée journée a été semblable à toutes les satanées autres, humide, pleine d'arbres, de boue et de saletés de branches qui prennent un malin plaisir à vous gifler quand vous passez.

Mais les deux équipiers ont fini par gagner leur destination. Une petite maison, qui n'a l'air de rien, blottie au pied du mont Hyjal. Fini les blagues, mise de côté la rigolade, il est temps de se concentrer.

         Enterrée?

         Certain, répond Seihre, je te parie même que l'entrée du souterrain est pas dans la maison.

Dieux merci, il a enfin cessé de pleuvoir, la nuit est claire, même un peu frisquette, mais ils vont enfin arrêter de moisir sur pieds. Dissimulés dans un buisson, à bonne distance, ils observent, spéculent, en déballant leurs armes, et s'assurent que leur équipement ne les lâchera pas au moment fatidique.

Chaque boucle est méticuleusement et pourtant machinalement inspectée, chaque lien éprouvé, le fil de leurs lames testé.

         Trois gardes, en plus de celui qui roupille à la porte de la maison.

         Peuh, ça se voit comme le nez au milieu de la figure que celui-ci est là pour faire diversion.


         Ouais, faudrait être con pour y croire.

         Je te le fais pas d...


Seihre est interrompu en plein milieu de sa phrase, un froid mordant s'abat sur eux deux, quelqu'un a profité de leur discussion pour les enfermer dans sds chaînes de glace. Déjà puissantes, elles sont renforcées par l'eau qui imbibe leurs armures.

         Chhhht, si vous élevez trop la voix, le quatrième garde, juste à droite, va vous entendre.

C'est assez étrange de deviner le mouvement d'un bras qui se tend, sans pour autant le voir, si ce n'est dans le côté vaguement tordu que prend le buisson en face de vous.

D'aucuns diraient qu'ils sont dans la merde jusqu'au cou, Seihre n'est pas de cet avis, premièrement, ils sont toujours vivant,s ce qui est un très bon point.
Deuxièmement, leur agresseur n'a pas l'air de vouloir les tuer, pas tout de suite du moins.
Troisièmement, c'est hautement désagréable, mais il sent des rigoles d'eau glaciale se former et couler dans son dos, d'ici peu de temps, la glace sera assez fragile pour qu'il la brise.
Il se contente d'un coup d'oeil à Orsen, qui grommele tout bas.

         Montrez-vous bordel....

Et sous leurs yeux apparaît un grand échalas, aux oreilles un peu trop longues pour être quel'dorei, mais trop pointues pour être kaldorei, trop grand pour être quel'dorei, trop maigre pour un kaldorei.

         Mais t'es quoi au juste, un kaldo bizarre?

L'elfe, parce que de ça au moins on est sûr, c'est un elfe, a l'air malade, il frotte ses mains l'une contre l'autre, les tord. Une chose est frappante, il a l'air hautement dangereux, ce mélange, cette hésitation sur sa race, ses yeux brûlants peut-être, sa bouche sèche, dure, qui ne semble jamais avoir sourit.

         Ca ne vous regarde pas, j'ai un accord à vous proposer.

         Dit pas de bêtises Orsen... les kaldo, ils font pas de magie...

         Ouais bah mage ou pas mage, kaldo ou pas, moi, je discute pas d'un accord tant que je me les gèle comme ça.


L'elfe secoue la tête, lentement, sentencieusement.

          Je ne vous libèrerai pas tant que l'accord ne sera pas conclu.


         Alors tu vas traiter avec moi, répond Seihre, on le verrait presque s'avancer et serrer chaleureusement la main à ce type, avec un sourire bien trop franc pour être honnête.

         Très simple, l'homme que vous voulez, je le veux aussi, laissez-moi vous accompagner. Je connais bien les lieux, vous retirerez gloire, argent, ou que sais-je et j'obtiendrai satisfaction.

         Qu'on te laisse venir avec nous? Je crois pas que ça va être possible, désolé, on travaille à deux, et c'est pas avec une asperge comme toi dans les pattes qu'on fera du meilleur boulot. Tiens, je vais te proposer un truc, tu nous dis où trouver notre gars et on te lâche sa tête au passage en repartant.

         Non!
repond l'elfe, baissant d'un ton, fébrile. Non, je dois être là, il le faut, quand il mourra.

         T'arriveras jamais jusque là. Tu t'es vu? Tu vas nous faire repérer à peine on aura posé un pied à l'intérieur.

         Nononon
, l'elfe secoue la tête, la voix légèrement tremblante. Je dois être là, il le faut, il le faut.

         Alors vas-y d'abord, on ramènera ton cadavre à ta mère si tu nous donnes son adresse, promis.

         D'accord! Très bien, qu'est-ce que vous voulez en échange de ma présence?


Seihre tourne la tête vers Orsen, le roux fait semblant de consulter son associé, l'autre fait un sourire carnassier.

         Plusieurs choses, déjà, tu ne te retournes pas contre nous, si tu crèves l'un, je te promets que l'autre aura le temps d'avoir ta peau avant d'y passer. Ensuite, tu obéis, tu connais la route, nous on connait notre boulot. Et pour finir, si tu sais où il y a des objets de pouvoir, ou de valeur, cachés, on fait le détour.

L'elfe semble se manger la langue, réfléchit fébrilement, avant de hocher la tête en signe d'acceptation. Seihre hoche la tête en retour et regarde Orsen, qui rechigne, mais finit par s'exécuter à son tour.

Seihre lance un coup d'oeil à Orsen, et dans une superbe synchronicité, ils impriment un brusque mouvement de torsion à leur corps, ce qui a pour effet, bien entendu, de briser la glace déjà fragilisée par la fonte.

          Bon, allez, on a du boulot
, lance Seihre, en s'époussetant tranquillement.
   


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MessagePosté le: Ven 17 Juil - 12:19 (2009)    Sujet du message: Publicité

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Seihre
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MessagePosté le: Lun 20 Juil - 12:22 (2009)    Sujet du message: [BG] Seihre Répondre en citant

Chapitre
Dans lequel un petit garçon perd quelque chose de très important

          Chez le boulanger installé à la sortie de la ville, il y avait toujours du monde. Les ouvriers qui passaient, tôt le matin, pour boire un café et savourer une viennoiserie toute chaude, à peine sortie du four, les femmes au foyer, ensuite, qui une fois leurs ouvriers de maris partis au travail, venaient les remplacer. Puis les domestiques, qui venaient acheter de quoi présenter un bon petit déjeuner à leur maître, qui eux aussi, ne manquaient pas de s'arrêter. Et ainsi de suite, tout au long de la journée.

Étonnamment, les clients ne connaissaient pas si bien que ça ce fameux boulanger, il n'était pas bien loquace, mais, se disait-on, il avait beaucoup de travail, et puis pour discuter, les autres clients étaient là, alors, peu importait au fond.

          Avec le temps, il fît beaucoup d'envieux, certes, en terme de position sociale, il ne valait pas mieux qu'un cordonnier, mais les dieux savaient que sa caisse était toujours bien remplie, tout comme son magasin, et que ni l'un, ni l'autre ne désemplissaient.
Il semblait parfaitement s'en contenter. Et plus encore le jour où il épousa cette frêle et si jolie jeune elfe.

          Il l'avait entendue chanter, lors de ses répétitions à l'opéra. Très heureux d'avoir été choisi pour cuisiner leur petit déjeuner aux artistes. Oh oui, non seulement c'était une rentrée d'argent conséquente, mais en plus, que de jolies jeunes elfes à regarder du coin de l'oeil en passant. Celle-ci n'était peut-être pas la plus ouvertement jolie, avec son air un peu timide, ses grand yeux verts et ses longs cheveux noir, mais il tomba instantanément sous le charme en entendant sa voix d'ange.
Alors, au fil des jours, des semaines, des mois même, il attendait de plus en plus impatiemment l'heure d'aller effectuer sa livraison à l'opéra. Si pour tous les autres, il déposait le plateau sur une table et le découvrait de son torchon, pour elle, il avait toujours un panier, une jolie tasse, un thermos plein de café. Dieux que c'était bon de la voir rougir timidement, de l'entendre répondre d'une petite voix à ses questions plus qu'intéressées.

Et le jour où elle accepta son invitation, ah, il eut envie de danser toute la nuit. Quelle soirée merveilleuse il avait passé, il en était certain à présent, cette jeune elfe deviendrait sa femme un jour ou l'autre, même s'il devait passer des années à lui faire la cour.

           Mais ne vous méprenez pas. Certains, beaucoup même, ont considéré d'un oeil attendri et chaleureux cette douce histoire qui se tissait. Ils ont eu tort. Ce boulanger, sous ses dehors d'homme avenant quoi que peu loquace, se révélait en réalité un homme qui ne parle pas pour ne pas risquer de se dévoiler. Certes, son talent était bien réel, mais son intention était d'amasser, encore et encore, de l'argent, jusqu'à pouvoir acheter un titre. Parce qu'il ne supportait pas sa condition de roturier, il méprisait, chacun de ces ouvriers, de ces bonnes femmes et de ces domestiques qui lui faisaient leurs sourires niais. Et se contentant de répondre par un sourire bonhomme et engageant.

Bien sûr, il se garda fort de montrer tout ceci à sa dulcinée. Qu'il aimait, sincèrement, mais il n'était pas capable d'amour désintéressé. Une si jolie jeune femme lui apporterait plus de clients, c'est certain, et puis l'opéra, tous les nobles y vont un jour ou l'autre. Et si timide, si douce, si jeune, le jour où elle découvrirait son coeur avide et intéressé, elle ne lui en tiendrait pas rigueur, ça, c'était certain. La femme parfaite.

Une fois épousée, il la délaissa, bien sûr. Oh il lui souriait et l'enlaçait, mais l'intérêt se débandait maintenant qu'il l'avait acquise. Ce pendant, il ne manqua pas un seul soir à son devoir et fini par lui concevoir un enfant.

Ah s'il avait su plus tôt, il aurait fait son devoir trois fois par jours jusqu'à ce qu'elle tombe enceinte. Plus un seul instant elle ne s'est souciée de son comportement. Entièremment tournée vers son futur enfant, même si elle n'oubliait pas de se rendre à l'opéra tous les jours.

           Et puis, un fameux jour, elle lui donna un fils. Il s'en réjouit au plus haut point, un héritier, oui, à qui il donnerait son futur titre. Un enfant aussi roux que son père, au visage qui mêlait finement leurs traits à tous les deux. Et ces yeux verts, qui rappelaient irrésistiblement ceux de sa mère.
Un gamin un peu trop timide et frêle à son goût, mais peu importe. Il le laissait aux bons soins de sa mère qu'il semblait adorer, il viendrait bien assez tôt le moment de l'éduquer convenablement. Et puis les petits enfants ont besoin de leur mère pendant des années.

          Et tous les jours, ou presque, on voyait cette jeune femme, un large sourire aux lèvres, ayant perdu de sa timidité, sûrement grâce à ce petit garçon joyeux, débordant d'énergie qu'elle tenait dans ses bras, ou par la main, en se rendant à l'opéra.
Ah il avait la belle vie ce petit gars, le petit fantôme de l'opéra qu'elles l'appelaient. Toutes l'adoraient, danseuses, chanteuses, et tous répondaient à ses questions curieuses avec un sourire attendri. Il se faufilait partout, grimpait, au grand dam de sa mère, jusque sur les structures soutenant décors et rideaux, pour aller faire la causette de sa petite voix flutée avec les techniciens. Chacun lui a appris avec grand plaisir un peu de ce qu'il savait. L'une lui apprenait à poser sa voix,avec comptines et ritournelles, l'autre lui enseignait des pas de danse, l'un lui montrait comment placer ses doigts sur les cordes ou les touches d'un instrument, l'autre à déceler et resserrer un boulon en gauguette.

Et le soir venu, il était ces petits yeux brillants d'admiration, qui observaient par la fente du rideau le spectacle qui était donné, il était les petites oreilles frémissantes qui se gorgeaient de toutes ces sonorités si belles. Quand arrivait le moment de rentrer, il était repu de tout ça, n'aspirait qu'aux bras de sa mère, et à un sommeil profond d'enfant heureux.

Lorsque son père décidait de le garder avec lui pour la journée, sa mère, d'un simple regard, lui intimait d'être sage et de bien écouter ici aussi. Il faisait preuve peut-être d'un peu moins de joie de vivre, mais la dureté de son père ne l'intimidait pas outre mesure. Il aimait, lui, tous ces gens que son père traitait de bons à riens d'artistes, et se fichait bien qu'il ne soit pas du même avis. Et puis c'était terriblement amusant, de pétrir la pâte, de façonner maladroitement pâtisseries et viennoiseries. Les siennes étaient toujours tordues et biscornues, loin d'être aussi parfaites que celles de son père, mais il les présentait fièrement aux clients qui éclataient de rire et les prenaient avec grand plaisir. Son petit torse se gonflait de fierté quand son père lui adressait un bon sourire paternel et avenant.

          Et ce fût ainsi, jusqu'à ce qu'il ait, les humains diraient 5 ou 6 ans. Le ventre de sa chère mère s'arrondit de plus en plus. Elle lui expliqua patiemment qu'il allait bientôt avoir un frère ou une soeur. Et qu'il devrait en prendre soin, n'est-ce pas mon chéri, qu'il devrait l'aimer autant qu'elle l'aimait.
Il ne savait que trop en penser, mais s'en tenait aux explications de sa mère. Pour la première fois de sa vie, il n'osait pas poser de questions. Depuis que sa mère était trop fatiguée pour le prendre dans ses bras, essoufflée après avoir parlé plus de quelques minutes. Depuis que ses grands yeux verts s'étaient un peu ternis, il n'osait plus poser de questions. Il attendait, avec ce qu'il appellerait maintenant de la peur, mais qui était un sentiment diffus, qu'il n'avait jamais connu jusque là. Quand le médecin est venu et a intimé à sa mère de rester au lit, plutôt que de rester dans les pattes de son père, qui ne le supportait une journée entière que par-ci, par-là, il se rendit au bout de la rue. Chez ce vieux monsieur qui travaillait le bois. Il l'aimait bien, il était gentil, lui expliquait des choses sans même qu'il ai à poser de questions. Et sa femme lui donnait toujours quelques gâteaux à grignoter sur le chemin du retour. Ils n'étaient pas aussi bons que ceux de son père, mais peu importe, il les aimait bien quand même.

Puis un soir, alors qu'il rentrait à la maison, il entendit un cri. Pétrifié par ce sentiment qui l'envahissait, il se précipita jusque chez lui, monta quatre à quatre les marches qui le menaient jusqu'à la maison, au dessus de la boutique, et trouva son père, assis devant le feu, à le contempler fixement. Un nouveau cri.

P'pa, s'enquit-il tout bas, de peur de le déranger.

Pas de réponse, rien, pas même un regard. Alors il est allé jusqu'à la chambre de sa mère, pour lui demander ce qu'il se passait. Et par la porte entrouverte, il vit le médecin, avec un tout petit bébé dans les bras, et sa mère, allongée sur ce lit qu'il connaissait bien, si pâle, tellement pâle, qu'il n'osa pas entrer.

Petit, je.... je te présente ta petite soeur
, dit le médecin d'une voix basse, pourquoi, pourquoi est-ce qu'il parlait comme s'il était triste, ça aurait dû être une bonne chose, sa mère se réjouissait.

Il s'approcha, effleura cette main qu'il connaissait bien. Qui aurait dû serrer doucement ses doigts comme elle en avait l'habitude, mais ne le fît pas. Et il comprit. Sans vraiment comprendre. La gorge nouée par ce sentiment insupportable, par les larmes désespérées qui lui montaient aux yeux, il s'enfuit, sans un regard, ni pour sa soeur, ni pour son père. Sans l'intention de revenir un jour. Trop jeune pour réfléchir aux conséquences d'un tel choix, il se contenta de s'enfuir, dans un endroit où il serait seul, dans un endroit où peut-être ce sentiment le quitterait enfin.



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Seihre
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MessagePosté le: Mar 21 Juil - 12:12 (2009)    Sujet du message: [BG] Seihre Répondre en citant

Chapitre
Dans lequel il va faire un tour à la taverne

Une ruelle sombre, ce mage qui rentre chez lui en sifflotant ne se doute pas que deux yeux verts l'observent du haut d'un auvent, leur propriétaire tapi dans l'ombre, attendant qu'il ai posé la main sur la poignée de la porte.
Les menaces, c'est bien plus efficace quand le gars sait que tu sais où il habite s'est-il dit. Il en aura passé du temps à poireauter dans l'ombre, et à vrai dire, il est un peu sur les nerfs. Il avait prévu que ça irait beaucoup plus vite, et qu'il pourrait aller passer la soirée à l'Aile Blanche, ou à la limite à la taverne de Jorna.

Bordel de merde, pour une fois que j'ai pas le vieux sur le dos... qu'il marmonne, attirant, involontairement, ou peut-être que si, l'attention du mage qui se fige, la main sur la poignée, fouillant les ombres du regard.

Et ce qu'il finit par discerner, ça n'est pas fait pour lui plaire. Une longue silhouette, aussi silencieuse qu'un chat traquant un rat, se laisse couler de l'auvent jusque devant lui, lui barrant le passage. Un sourire étincelant, plus qu'inquiétant, sous deux yeux verts, un chat de chester azerothien qui promet bien des ennuis, et des ennuis sûrement très douloureux.

Salut.

Sa... salut?


Le mage reste abasourdi, de la brume dans le crâne. Ce qui a pour effet d'accentuer le sourire de Seihre, exactement ce qu'il avait prévu, un peu de décorum, un peu de théâtral, ça colle tellement bien à ce que s'imaginent les gens quand ils ont peur de se faire agresser que ça en devient risible. Mais il va bientôt... Aaah, voilà, passons aux choses sérieuses.
Enfin, le mage a rassemblé ses pensées, il marmonne une incantation du bout des lèvres, espérant visiblement très fort que Seihre ne le remarquera pas. Le fait qu'il s'y soit attendu et qu'il soit assez près pour voir les lèvres du mage remuer gâche un peu l'effet, il le reconnait. Mais il va continuer de jouer avec ce rat, le but du jeu, c'est bel et bien de le faire pisser dans son froc, pour qu'il ne recommence plus jamais.

Il attend le dernier moment, laissant le mage espérer jusqu'au bout, avant de balancer, purement et simplement, son poing dans ses dents. Qui émettent, soit-dit au passage, un craquement fort satisfaisant.

Et bah alors?

Un couinement de douleur s'échappe du mage, puis de colère.

Ma dent, putain tu m'as pété une dent! Espèce de sal....

Coupé net en plein élan, le bras replié, Seihre appuie sur la gorge du mage, le coince contre la porte, appuie toujours, lui laissant juste assez d'air pour l'empêcher de tourner de l'oeil, mais pas assez pour l'empêcher de paniquer.

Oui? Avec un nouveau sourire étincelant, celui du chat qui a coincé le rat dans un coin et va s'amuser avec sa nourriture avant de l'avaler tout rond. Vas-y, continue, je t'en prie, je suis curieux d'entendre la suite.

Comment? J'entends rien.

Il fait mine de tendre l'oreille.

Ah! Tu veux voir ce que j'ai d'accroché à la ceinture.

Il tire une dague luisante de poison, l'agite sous le nez du mage, qui semble totalement hypnotisé, incapable de détacher les yeux de cette pointe acérée qui sera peut-être la cause de sa mort très prochaine.
Il pousse un gargouillis étouffé quand Seihre pousse un peu plus sur son bras pour obtenir son attention.

Entendons-nous bien, p'tit père. A l'académie, il y a une nana, que tu passes ton temps à faire chier. Tu sais, dans le genre grande, plate comme une planche à pain. Tu vois de qui je veux parler?

Le mage écarquille les yeux, hoche la tête dans un gargouillis.

Alors deux choses, tout d'abord, tu vas lui foutre une paix royale à partir de maintenant. Ensuite, si tu ne le fais pas, non seulement je m'arrangerai pour que tu aies plus les moyens, physiques ou moraux j'entends, de poursuivre tes études...

Mais en plus... ajoute-t-il en accompagnant ses mots d'un mouvement descendant de sa dague. Je ferais en sorte que tu n'aies plus les moyens d'emmerder la moindre nana. Il sourit de nouveau, semblant presque espérer que le mage lui donnera une raison d'agir. Je t'en ferai un joli collier, je suis sûr que ça te plaira.

L'apprenti mage émet un petit bruit sifflant, un nouveau, un peu soulagé, quand Seihre réduit la pression sur sa gorge.

Bon, je pense qu'on s'est compris.

Il recule d'un pas, adresse un sourire sympathique à l'homme qui lui fait face.

En espérant pour toi qu'on ai jamais à se revoir, p'tit père.

L'apprenti esquisse un sourire tremblant. Un soulagement immense se peint sur son visage quand il voit Seihre s'éloigner, dispraitre au bout de quelques pas. De ses jambes flageolantes, il retourne vers la porte.

Oh, j'oubliais.

Un poing ganté percute violemment le torse de l'apprenti, un craquement sourd annonce quelques côtes, si ce n'est cassées, tout du moins fêlées.

De la part de ma soeur.

Et il s'éloigne pour de bon cette fois-ci, laissant l'homme affalé contre le mur, à tâtonner pour trouver la poignée.

Bon, finalement, il n'est peut-être pas trop tard pour le dernier service chez Jorna, autant aller tenter sa chance, il commence à avoir sacrément faim.



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MessagePosté le: Aujourd’hui à 06:37 (2018)    Sujet du message: [BG] Seihre

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