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La derniére ligne du temps.

 
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Addaa
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Messages: 253
Localisation: Partout ou la débauche s'étale comme de la confiture...

MessagePosté le: Mar 23 Nov - 17:51 (2010)    Sujet du message: La derniére ligne du temps. Répondre en citant

Addaa s’était réfugiée dans sa cabine. Derrière les quatre verrous de sa porte, elle avait renfermé des tas de secrets, des morceaux de son passé, des reliques de sa jeunesse et assise sur une caisse, savait que toutes ces choses, tous ces objets amassés ici devaient disparaître avec elle. Le cabinet sombre, juste éclairé par une bougie qui enveloppait la pièce d’une lumière basse, restait silencieux, comme si le temps n’avait plus d’importance, comme si le temps avait arrêté sa course toujours trop rapide. La flamme qui doucement tressautait, la cire qui lentement gouttait sur le métal glacé de son porteur, semblait n’être que l’unique signe de vie qui doucement quittait la chambre. Callée dans un coin, l’elfe regardait sans rien voir cet objet qui rendait son espace latent, sinistre et calme. Addaa avait fait venir un grand miroir qui trônait maintenant face à elle, habillait la porte, la chambre, de son reflet géométrique et l’elfe en réalité, n’avait d’yeux que pour elle-même.

Déjà, il semblait que la vie s’échappait d’elle, lentement, consumant sa force, enlaidissant son être d’une pâleur et d’une maigreur de miséreuse. Le miroir ne mentait pas. Doucement, elle leva péniblement ce corps qui n’était plus qu’une plaie et nue, vint s’exposer à la critique de son reflet, les aléas de la bougie aiguisant encore bien plus ses formes envolées. Elle regarda sa nudité crue, cette masse corporelle presque translucide, livide, ses bras maigre, ses côtes saillantes au dessus d’un ventre abominablement creux. De ses deux mains, elle dénoua doucement le cache-œil de cuir de son visage, exposant son regard instable et rendu vairon par le sort, qui déjà n’était autre que la première marque de sa maladie. L’elfe serra dans sa main le morceau de cuir brun, gardant ses bras le long de ses flancs décharnés, s’observant avec une attention sinistrement particulière. Son corps couvert de tatouages qui l’avait rendus désirable, avait rendus son image plus cruelle et plus sauvage encore, les nombreuses cicatrices qui se déliaient sur sa peau en marques ancienne, ineffaçables et sa poitrine presque inexistante aujourd’hui, vestige d’une féminité déjà oubliée. Les os de ses hanches semblaient vouloir percer le tissu tendre de la peau, visible, laid. Pourtant, l’elfe sourit à son reflet, ses yeux seulement brillant de cette lueur de vie brûlante et violente qui les avaient toujours habité. Elle sourit, pour une fois, aimant son image. Cette image qui lui rendait ce qu’elle était vraiment ; un tas de vices, de dégout, de sang et de chaires que les excès avaient maltraités. Elle allait mourir. Une mort de putin, une mort de reine, d’animal et de pirate. Jusqu’au dernier instant, elle sut qu’elle ne perdrait en rien une vitalité mortelle, que la folie de sa violence, la tare de sa famille, lui avait donné, cette bataille difficile contre elle-même et le poison qui coulait dans ses veines la rendait plus intraitable encore contre la défaite.
Une toux sèche la força a se plier sur elle-même, la main devant sa bouche qui bientôt se tâcha de sang poisseux, mélangé à une salive blanchâtre, nauséabonde. Le poids qui comprimait alors ses côtes à chaque toux, lui fit verser des larmes de douleurs. Soudain, un vent imaginaire vint glacer sa chaire et s’insinuer en elle comme une lame désagréable. Grelottant, elle attrapa une robe, posée en tas froissé prés d’elle, et l’enfila en tremblant nerveusement, secouée de frissons. Se regardant à nouveau, elle se trouva jolie, étrange, comme par le passé, les robes habillaient de féminité ce visage dure et long, sans beauté mais pas sans charme. Aujourd’hui, il lui semblait que la blancheur immaculée du vêtement long, rendait plus de rondeur à ses joues creusées par la maladie. Elle détacha ses yeux de son reflet, qui l’attirait et la rendait mal à l’aise, lui hurlait sa vérité au visage, parce que le miroir ne ment jamais, et les porta autour d’elle.

Elle avait commencé à ranger ses affaires. Empaqueter, encaisser, jeter toutes ces choses, certaines qu’elles voulaient léguer et d’autre avec lesquels elle voulait trépasser. Elle attrapa un tabouret a trois pieds, le posa face à une grande caisse de vêtement et déchargea sur son plateau de bois un pot d’encre, du parchemin et une plume de corbeau, pour enfin s’assoir face à sa table de travail, restant longuement le regard dans le vide, comme perdue bien au-delà de la cabine, immobile et silencieuse.
Les survivants de la grande famille Essaïrial se comptaient sur les doigts d’une seule main. La mort les avait frappé jeunes et la fécondité de cette famille avait été sa faiblesse. Malingres, malades, consanguins, les enfants ne vivaient pas, l’innocence n’avait jamais existé, les rendant tous plus faible, plus vulnérable les uns que les autres. Addaa savait avoir hérité de la santé mauvaise de son père, de celle de son oncle, de son grand père et de la fragile constitution de sa mère. Elle qui avait toujours cru que le sang n’avait aucune importance à partir du moment ou l’on savait se battre contre sa fatalité, elle se savait rattrapé par des siècles de reproductions contre nature, des mariages incestueux, malsains. L’elfe eu de la haine. Elle avait toujours connu ce sentiment violent, la haine, la colère, le mépris de ce sang qu’elle refusait, de cette parenté glauque et macabre qu’elle avait voulu effacer. Mais cette fois cette colère, sourde et vivace comme un feu destructeur, lui arracha un sanglot. De dépit, de dégout, de peine et d’impuissance, elle mouilla la feuille qui étirait sa face sablée sous elle, formant des auréoles plus sombres a sa surface.

Addaa respira un grand coup, essuya ses joues et ses yeux brumeux de larmes avec sa manche et attrapa la plume dans sa main gauche. Trempant le bout du stylet dans l’encre noire, elle commença a écrire. D’abord au seul être qui pourrait lui succéder, puis, avec la peine dont elle avait toujours fait preuve en écriture, gauchère et mal assurée, de cette topographie tremblotante, elle se posa elle même sur le papier, ce qu’elle avait vécu, ce qu’elle avait vu, les souvenirs que refermaient encore son esprit dévasté, ce qu’elle avait été, ce qu’elle était aujourd’hui et s’appliquant, elle prit soin de ne dire que la vérité. La vérité qui mourrait en même temps qu’elle. 


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MessagePosté le: Mar 23 Nov - 17:51 (2010)    Sujet du message: Publicité

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